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Les préjugés de l’auto-édition


Image provenant du site : blue-moon.fr

Je suis un auteur auto-édité. C’est à dire que je conçois moi-même mes ouvrages de A à Z. De l’idée de départ germant dans ma tête jusqu’à la mise en vente, en passant par la mise en page, les obligations légales et le choix de l’imprimeur, je m’occupe de tout.

Fort d’une certaine expérience que peu de personne possède (auteur, ancien créateur et gérant de maison d’édition…), je connais plutôt bien le monde de l’édition. Je sais en particulier que c’est un domaine dans lequel les préjugés vont bon train. Aussi, pour une très grande majorité de la population, un auteur ne sera considéré comme « valant la peine d’être lu » que lorsqu’il aura été publié au moins une fois dans sa vie par une grande maison d’édition, laquelle pourra faire figurer son ouvrage en tête de la gondole à la FNAC, chez Chapitre et dans toutes les grandes librairies existant.
Pourtant, il existe grand nombre d’auteurs talentueux qui sont publiés par des maisons d’édition de plus petite taille et donc avec des moyens marketing plus réduits. Ceux-ci peuvent se trouver dans des librairies plus « traditionnelles », ainsi que dans le fond de certaines étales des grands distributeurs cités ci-dessus. La considération du public pour ces auteur n’est pas mauvais, mais n’atteint pas non plus des sommets. Forcément… pour madame Michu et son fils Kevin, si ces auteurs étaient si bon que cela, ils seraient publiés chez de grands éditeurs… Oui, enfin bon…

Vient ensuite le cas des auteurs auto-édités, tel que moi par exemple. Ces auteurs qui, du point de vue de cette même madame Michu et de son fils Kevin, sont de vrais ratés puisqu’aucune maison d’édition, y compris la moins connue d’entre toutes, ne veut d’eux. Dès lors, il est évident que ces auteurs sont des analphabètes incapables d’aligner une phrase sans commettre la moindre faute d’orthographe et de grammaire, et dont l’imagination doit probablement être aussi développée que celle d’une éponge (l’animal marin, pas l’éponge à récurer…). Des personnes du même niveau que madame Michu et son fils Kevin en quelques sorte.
En effet, quel intérêt de lire des auteurs qui n’apporteront aucune fantaisie, aucune nouveauté, aucune fraîcheur à leurs ouvrages ? Non, franchement, il vaut bien mieux lire le dernier Harry Potter ou Twilight, formaté de bout en bout pour des raisons purement marketing et financières. De plus, quel serait l’intérêt pour madame Michu et Kevin de discuter d’un sombre inconnu ignare et sans le moindre intérêt ? Honnêtement… la vraie culture est celle que tout le monde connait. Le reste n’est que fioriture.

Pourtant, même dans l’auto-édition il existe de très bons auteurs. Des auteurs qui écrivent par passion et pour l’amour de la littérature. Des auteurs qui manient aussi bien, et peut-être même mieux, les mots et subtilités de la langue française que les « grands » auteurs vendus par les majors de l’édition. Des auteurs qui d’ailleurs se doivent d’avoir une importante connaissance du monde de l’édition si ils veulent s’en sortir.
Ces auteurs ne sont pas des graphistes, ce sont des écrivains. Il se peut donc que les couvertures de leurs ouvrages ne soient pas aussi « parfaites » que celles de leurs homologues publiés chez Gallimard ou Flammarion. Mais est-il juste de juger une œuvre de plusieurs dizaines ou centaines de pages juste en voyant sa couverture ? Est-il juste de juger un auteur uniquement par le fait qu’il ne soit pas publié par un éditeur connu ? La réponse est « non » bien sur. Mais madame Michu et Kevin, formatés par la société d’aujourd’hui, qu’on leur vend à toute berzingue à longueur de journée, eux ne le savent pas. Leur raisonnement se limite au simple « si c’est pas de la marque, c’est de la me*** ». Le pire c’est qu’ils n’en sont mêmes pas responsables… La seule chose qui pourrait leur être reproché, c’est une trop grande naïveté, rien de plus. Sauf qu’à l’instar des failles informatiques, la naïveté est l’une des plus grandes « faille » de l’Homme. Faille par laquelle s’engouffrent toutes sortes de « maux ». Malheureusement, l’équivalent humain de l’antivirus informatique n’existe pas…

Article diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-ND

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  1. 5 septembre 2012 à 15:51

    Je suis plutôt d’accord avec vous sur le fait que l’auto-publication soit intéressante, la source d’un renouveau de genres, ou de découvertes d’auteurs, de possiblité aussi de diversité , bref, une nouvelle chance pour la littérature (de genre ou non), et donc pour les auteurs.

    Pour autant, un point sur lequel je ne suis pas d’accord avec vous c’est le niveau de finition que doit obtenir l’auteur qui s’auto-publie.
    Si l’auteur (avec sa casquette de « publieur ») veut vendre son ouvrage, il est impératif qu’il le fournisse aussi « professionnel » que possible. Et si cela veut dire une couverture « parfaite », y’a pas à suer, c’est une couverture « parfaite » qu’il lui faut.
    Et quand je dis parfaite, ça veut dire qui ait un look professionnel.
    Pareil au niveau relecture ou formatage.

    • 5 septembre 2012 à 16:18

      J’estime également qu’un auteur édité se doit de présenter une couverture parfaite. C’est d’ailleurs l’une des choses sur lesquelles je m’applique le plus pour mes propres ouvrages.
      Ce que je voulais dire, c’est qu’il ne faut pas s’arrêter à la couverture elle-même pour juger de la qualité d’un texte. Néanmoins, il est évident que pour le vendre, une couverture parfaite est plus que nécessaire. S’agissant de la première impression donnée au lecteur, si elle laisse à désirer, c’est foutu. Mais il est tout de même dommage de toujours s’arrêter à « l’emballage » plutôt qu’au contenu lui-même.

  2. thesfreader
    5 septembre 2012 à 17:34

    Oui, c’est dommage. Mais le fait EST que la couverture est pour le lecteur un moyen rapide et « facile » d’apprécier un grand nombre d’informations sur le livre : Genre, auteur, titre, ainsi qu’un indice général de « qualité » du texte. Une « mauvaise » couverture, manifestement faite à la va-vite peu facilement laisser supposer que le travail de « fond » sur le texte est à l’avenant.

    A partir du moment où le « publieur » vend un produit, il est nécessaire que ce produit soit d’une qualité « pro » qui puisse justifier le prix.

    Après, l’auto-publication est comme tu le dit une chance énorme pour la diversité littéraire. A condition toutefois que les gens qui ont des choses à exprimer l’exprime de façon intelligible.

    • 5 septembre 2012 à 17:41

      Nous sommes totalement d’accord. Pour faire un parallèle, je dirais qu’un auteur auto-édité se doit d’être tel un decathlonien. Il doit exceller dans de nombreux domaines à la fois si il veut s’en sortir.

  3. Anne Boudier
    10 septembre 2012 à 20:51

    Salut Clément

    Lorsque tu dis :
    En effet, quel intérêt de lire des auteurs qui n’apporteront aucune fantaisie, aucune nouveauté, aucune fraîcheur à leurs ouvrages ? Non, franchement, il vaut bien mieux lire le dernier Harry Potter ou Twilight, formaté de bout en bout pour des raisons purement marketing et financières.

    Je te trouve très expéditif ! As-tu lu au moins ces livres ? Tu le devrais, ne serait-ce que pour étayer ton point de vue, sans te contenter de balancer un jugement à l’emporte-pièce qui se discrédite de lui-même, de part son parti-pris évident, qui aurait comme des relents de… préjugé !!

    Le succès de Harry Potter ne s’est pas fait en un jour, et au départ on ne peut pas dire que les financiers courtisaient JK Rowling ! Et s’il a eu un tel succès, finalement, à mon avis, s’il a séduit un si large public, c’est justement parce qu’il regorge de fantaisie et de fraîcheur. Pour Twilight (que je suis la première à vomir, cause trouvé mortellement insipide et ennuyeux, mais que j’ai lu néanmoins intégralement malgré tout, pour ma culture générale – et aussi parce que j’étais coincée dans un avion sans échappatoire possible) l’univers ne manque pas de fantaisie non plus, même si c’est sans comparaison comparé à la richesse de HP. Enfin bref, il y a des livres qui marchent parce qu’ils sont bons, par le contenu et par la forme, et pas parce que les responsables marketing ont bien fait leur boulot.

    C’est clair que du Musso ou du Levy, pour moi qui suis fan de Zola ou de Le Clezio, ça ne mérite guère d’être publié. Mais il y a beaucoup de monde qui ne pense pas comme moi, et ça se respecte. Tout le monde ne va pas chercher la même chose dans ses lectures… L’essentiel restant, d’après moi, que les gens continuent à lire !

    Tu dis aussi : « la vraie culture est celle que tout le monde connait. Le reste n’est que fioriture. » Je ne suis d’accord que très partiellement. Déjà, parler de « vraie » culture est impropre, elle ne peut être qualifiée de vraie ou fausse. Le terme culture, dans le contexte qui nous intéresse, peut être entendue de deux manières : ou c’est « l’ensemble des aspects intellectuels, artistiques et des idéologies d’une civilisation ou d’un groupe », auquel cas effectivement, ça englobe les auteurs et les ouvrages populaires (= valorisés par le groupe), ou c’est « l’ensemble de connaissances qu’un individu acquière dans son existence », auquel cas c’est indépendant de toute référence au groupe, ça n’a de valeur que pour soi. Et pour ma part, si je tiens à connaître la culture – littéraire – populaire (facilement accessible) pour pouvoir me faire mon propre opinion dessus et y respirer un peu de l’air du temps (histoire de flairer un peu plus précisément l’état de décomposition de notre société), j’accorde beaucoup plus d’importance à ma culture personnelle qui, elle, se dissocie complètement de la première.

    Je suis persuadée qu’il existe un grand nombre de bons écrivains qui ne sont pas (encore) publiés par des maisons d’édition, et que cela vaudrait sûrement le coup de les connaître. Le truc, c’est qu’avant de tomber sur un bon texte, il faudrait s’enfiler un paquet de torchons rédigés par la multitude miteuse des écrivains auto-proclamés, dont les écrits ne captiveront jamais personne, à défaut de se révéler consternant, voire insoutenables. Et même quelqu’un comme moi, qui a soif de découverte et travaille sciemment à lutter contre ses préjugés, rechigne à en passer par là et à perdre un temps précieux, que je préfère passer à fureter dans les bibliothèques, où il y a suffisamment de très bons auteurs peu connus à découvrir et savourer. Pour autant, je surfe aussi sur les sites de lecture, et le jour où quelqu’un s’enthousiaste pour un écrit auto-édité, je serais la première à foncer le lire.

    Enfin, quoiqu’on en dise, à plus ou moins long terme, je suis convaincue que les vraiment bons finissent toujours par percer, même si auprès d’un lectorat restreint, nettement plus exigeant que les fans de Musso ou S. Meyer. Les maisons d’édition ne donnent pas toutes dans la soupe populaire.

    Bye !

    PS : j’ai conscience que par écrit mon ton peut sembler très sec. Sache qu’il n’en est rien, je te dis tout ça de manière amicale, dans le cadre d’un cordial échange de point de vue 🙂

    • 10 septembre 2012 à 22:17

      Salut Anne,

      En effet, qu’il s’agisse d’Harry Potter ou de Twilight, je ne les ai pas lus. Je te l’accorde. Tout simplement parce que ce ne sont pas des livre qui m’intéressent. En effet, un livre ne devient pas un best-seller en un rien de temps, c’est évident.
      Peut-être que je m’emporte un peu trop sur ces ouvrages, je ne dirais pas le contraire. Mais ce qui me dérange, c’est tout le matraquage qui peut être fait dessus. Une « promotion » présentant ces ouvrages exceptionnels et tout ce qui va avec, alors même qu’ils ont été modifiés, remodifiés et encore remodifiés par des professionnels de l’édition dans le but justement de plaire au plus grand nombre. D’où le fait que je les considère comme des produits marketing plus que comme des œuvres à part entière.
      Ce n’est pas impossible que j’ai des préjugés, je le reconnais moi-même. En aucun cas je ne dirais que sur un sujet tel que celui-ci je suis neutre, puisqu’il est clair que ce n’est pas le cas.

      Au niveau de la culture, je considère que tout (ou presque) ce qui est « culture de masse » n’a que peu d’intérêt, dans le sens où tout ce qui touche la masse est, de nos jours, formaté au possible. Par « formaté », j’entends « a été retravaillé pour justement être accepté par la majorité d’un groupe ». D’où ma préférence pour tout ce qui est considéré comme « secondaire » par le groupe. Après, il est évident que comme toi, ma culture personnelle passe avant celle du groupe.

      Justement Anne, je suis persuadé que nombre d’auteurs auto-édités (ou tout du moins qui ne sont pas publiés par les maisons d’édition) sont aussi bons, voir même meilleur certains de ceux sous contrats d’édition. Il n’est pas difficile, avec des moyens suffisamment importants (financiers, personnel…) de transformer n’importe quel texte moyen en un texte populaire qui se vends à des millions d’exemplaires.
      En partant de là, il est quasiment impossible pour un auteur auto-édité de pouvoir atteindre la « perfection » d’un ouvrage publié par une maison d’édition. Et même si il parvient, tout seul, le grand public ne le reconnaîtra jamais ainsi, tout simplement parce qu’aucun professionnel ne sera associé à cette œuvre.
      A noter tout de même, que fait une différence entre les grandes maisons d’édition, et les plus petites structures, pour lesquelles j’ai beaucoup plus de sympathie.

      Et au final, chacun est bien sûr libre d’avoir ses propres goûts et de ne pas être d’accord avec ce je dis/écris. Heureusement d’ailleurs. Seulement, là je ne fais qu’exprimer l’opposé de tout ce qui nous est vendu par les professionnels de l’édition.
      Et ne t’inquiètes pas Anne, je sais bien que tu le dis de façon amicale. Au plaisir, d’ailleurs, de te revoir toi et ta petite famille et de pouvoir discuter de tout ça de vive voix 🙂

  4. Anne Boudier
    10 septembre 2012 à 20:56

    « sans comparaison comparé » –> « Sans comparaison par rapport à »… Mes excuses pour la répétition éhontée.

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