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L’intérêt culturel d’une œuvre littéraire quelconque


Des dizaines de millions, ci ce n’est des centaines de millions, de personnes à travers le monde écrivent. Je ne parle pas d’écriture dans le sens « savoir écrire », mais bien dans celui de « produire un travail littéraire ». Parmi cette masse considérable, seule une très petite minorité voient leurs œuvres être diffusées dans des proportions représentant au minimum plusieurs centaines d’exemplaires. Dans ce cas, quel est l’intérêt de ces millions et millions de textes qui ne dépasseront jamais les limites du cercle familial ?

En effet, la question se pose, car ces textes qui jamais ne seront lu à grande échelle représentent l’écrasante majorité de tous ceux écrits à travers le monde. Néanmoins, il serait honteux, inqualifiable et malhonnête de s’arrêter au seul critère du nombre d’exemplaires vendus pour évaluer l’intérêt culturel d’un ouvrage.
Il est évident que Harry Potter, Twilight ou autres Narnia sont des phénomènes culturels de masse. C’est indéniable. Pourtant, leur intérêt culturel n’est certainement pas plus grand que celui de tous les autres textes de ce genre. Ils ont eu la chance de d’être repérés et dévoilés au monde entier, tels des phénomènes, mais… c’est tout.
L’intérêt culturel d’une œuvre, qu’il s’agisse de littérature ou de tout autre domaine, c’est ce qu’elle apporte de concret à l’Homme, avec un grand « H ». En plus de plusieurs milliards de dollars pour les ayants droits, ces œuvres ont également apporté de la magie, de l’évasion dans des mondes nouveaux, du rêve, de la littérature. Et c’est à peu de choses près tout ce qu’il y a à dire… Leur intérêt culturel propre réside donc dans leur capacité à développer l’imagination et à projeter le lecteur dans leurs mondes respectifs. C’est bien, mais c’est peu. Très peu.
En effet. Le gros problème de ces œuvres « grand public », c’est qu’elles sont justement crées dans le but de plaire au plus grand nombre, au détriment de l’auteur, qui sera dès lors susceptible de s’auto-censurer pour ne pas froisser ses lecteurs. Ce qui a pour conséquence directe d’en réduire leur intérêt sur le plan culturel. Car, honnêtement, quel serait l’intérêt d’une société ultra formaté ou tout le monde pense et agit de la même façon ? Oui, je sais, notre société tant justement vers tout ceci…

Mais alors, qu’en est-il de toutes ces œuvrent qui jamais ne connaîtront la postérité ? Sont-elles classés d’office dans la catégorie « sans intérêt » ? Bien sur que non, au contraire.
Ces œuvres « mineures » sont en réalité le moteur de la culture. Ce sont elles, par leur diversité, leurs sujets, les multiples angles (autant qu’il y a d’auteur) sous lesquels elles sont abordées… Les récits d’un poilu plongé dans l’enfer des tranchées de la première guerre mondiale, même perdus au plus profond d’une vielle malle rouillée. Les mémoires qu’un grand père laisse à ses petits ou arrières petits enfants. Les carnets de voyage d’un explorateur auprès de tribus isolée et inconnues. Le récit policier, de science-fiction, d’aventures ou même d’amour, écrit par le petit écrivain sachant conserver ses valeurs personnelles et les transmettre dans ses textes… Voilà ce qu’est la véritable culture. Cette culture qui saura faire évoluer l’Homme dans le bon sens, celui de la diversité, des valeurs trop souvent perdues. Cette culture qui devrait façonner l’avenir de l’Humanité.

Se pose juste le problème de savoir si tous ces véritables, et uniques, moteurs de la culture seraient en mesure de  conserver tous leurs attraits si à leur tour ils devaient se retrouver propulsés sur le devant de la scène. A mon avis, la réponse serait positive… à condition d’enlever toute valeur marchande à tout ce qui est culturel.
C’est une hypothèse qui nécessiterait un travail de fond pharaonique, mais qui ne pourrait qu’être positif pour l’Homme et l’humanité. Car sans culture, il n’y a pas de civilisation qui tienne. Il suffit, pour s’en rendre compte, regarder de quelles façons est-ce que nous analysons aujourd’hui les civilisations passées et disparues. La réponse est tout simple… En étudiant leurs différentes cultures grâce aux traces, objets et textes qu’elles nous ont laissé.
Comme pour ce qui est des fouilles archéologiques, la seule vraie et  est celle qui est cachée. Cachée au fin fond des greniers, des étales des libraires, et même d’internet. Chaque œuvre, en particulier les plus insignifiantes, a son importance !

Article diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-ND

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  1. lauraportarontonda
    20 août 2012 à 09:39

    Certes cher Clément,
    mais il y a la forme, les formes de l’écriture… si individuelles et stylisées

    • 20 août 2012 à 10:00

      Lorsqu’une œuvre est formatée pour plaire au plus grand nombre, ses styles propres, ceux qui sont la marque de son auteur, sont minimisés et mis de côté. En particulier lorsque ces œuvres en question passent entre les mains de professionnels du marketing dont le seul et unique travail est de les lisser jusqu’à ce qu’elles en deviennent « populaires ».
      Il me paraît inconcevable que de nos jours les ouvrages publiés par l’industrie du divertissement soient réellement le plus pur reflet des pensées et des idées de leurs auteurs. Donc oui, la forme ainsi que les formes d’écriture peuvent être considérée d’un point de vue culturel, mais uniquement lorsqu’elles sont originelles, et non pas lorsqu’elles sont formatées et perdent tout intérêt.

  2. Anne Boudier
    10 septembre 2012 à 21:14

    A propos de « formatage », toi-même tu indiques des procédures, des méthodes pour structurer ses ouvrages, par exemple la technique à respecter pour rédiger une nouvelle, etc. Ne serait-ce pas du formatage, ça aussi ?
    C’est le propre de l’être humain, de chercher à séduire ses contemporains, mais je ne mettrais pas ma main au feu que tous les auteurs dont le talent n’est plus à prouver, se soient pour autant fourvoyés en s’abaissant à diluer ou arranger leurs propos. Je pense notamment à des gens comme LF Céline, Boris Vian, etc. Même « Le seigneur des anneaux », qui a pourtant eu un succès retentissant, est d’une lecture qui peut s’avérer particulièrement ardue pour un non initié. Je suppose que Tolkien, sachant pertinemment que son style n’est pas à la portée de tout le monde, n’a pas cherché pour autant à séduire un public très large… Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres, juste histoire de contester ce genre de généralisations expéditives…

    • 10 septembre 2012 à 22:33

      Il y a des règles à suivre, comme partout. Après, personnellement je n’ai rien du tout contre le fait d’adapter ces règles ou même des les modifier. A titre d’exemple, je joue sur les marges des mes pages, ainsi que sur la police d’écriture afin de réduire le nombre de pages, et par la même occasion la quantité de papier utilisée pour leur impression. Je serais d’ailleurs surement le premier à encourager le changement à condition que celui-ci conserve un aspect professionnel, peu importe qu’il sorte de sentiers battus.

      En ce qui concerne les auteurs que tu sites, je ne pense pas non plus qu’ils se soient fourvoyés. A l’époque où ils ont vécu, il y a plus de cinquante ans, la société était telle (de mon point de vue) qu’il était parfaitement possible de percer tout en restant soi-même. Aujourd’hui j’estime que le paraître a pris le dessus et est devenu la norme.
      Pour ce qui est de Tolkien, les choses sont un peu près semblables. Son œuvre a été publiée il y a plusieurs décennies, à une période où les choses étaient différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. Ce n’est que grâce à Hollywood et tout son matraquage promotionnel et marketing que le roman est revenu au goût du jour. Honnêtement, sans cette trilogie, jamais je n’aurais entendu parlé de cette œuvre, ni même du premier long métrage qui en est tiré et qui est sorti en 1980.

      Après, c’est sûr qu’il y a toujours de exceptions. Je n’ai pas la science infuse, et je sais bien que je ne détiens pas la vérité absolue. Et c’est tant mieux. Parce que dans le cas contraire, bonjour l’ennuie si je savais avoir toujours raison 🙂

  1. 5 septembre 2012 à 15:34

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