Accueil > Le monde de l'édition > Les véritables coûts d’un livre

Les véritables coûts d’un livre


Dans mon précédent article, il était question des techniques permettant de réduire le coût de revient de son propre ouvrage en mettant en place certaines techniques simples et efficaces. Cette fois, il sera question décortiquer le prix d’un livre, et plus précisément, de comprendre où va votre argent.

Pour commencer et faire simple, fixons les caractéristiques du livre que nous allons prendre comme exemple. Il s’agira d’un livre auto-édité de 610 pages, imprimé en noir et blanc sur papier standard, avec couverture souple en couleur, le tout au format A5. Un bon livre bien classique en quelque sorte. Et pour être encore plus « précis » dans notre analyse, supposons que ce livre soit imprimé via le service lulu.com. Le titre de cet ouvrage sera Test.

Une fois l’ensemble des étapes de téléchargement, de paramétrage des différentes options etc…, le coût d’impression de Test sera pour moi de 14 euros tout pile. Il conviendra ensuite pour moi d’évaluer les divers coûts supplémentaires induits par la création de l’ouvrage (relecture, achat des droits d’image pour la couverture, …), qui, si je table sur une centaine de ventes (ce qui est déjà bien), vont alourdir ce coût d’au moins 3 euros (considérons 0,30€ pour la couverture, et 2,70€ pour la relecture).
Va ensuite venir s’ajouter mes droits d’auteur, que je me verserais sur chaque vente. Mettons qu’ils s’élèvent à 2 euros. Nous en sommes déjà à 19€. Et pour terminer, comme je suis sous le régime l’auto-entreprise, chaque exemplaire vendu se voit « taxé » de 13% de son prix (charges relatives à une activité commerciale.
Ainsi, tous ces coûts additionnés, et c’est sans compter une éventuelle campagne de promotion que je déciderais de mener pour faire connaître Test, le prix de vente fixé sera de 21,85€.

Un prix de vente qui reste extrêmement raisonnable si on le compare au prix de n’importe quel roman tout aussi volumineux vendu en librairie. Néanmoins, cette démonstration est parfaitement valable pour moi, auteur auto-édité qui fait imprimer mes ouvrages à la demande. Mais en est-il toujours de même pour une maison d’édition à comte d’éditeur ayant un minimum de moyens ?
Bien sur que non. Et nous allons cette fois faire le raisonnement inverse. Partons d’un roman identique, mais intitulé Argent et lui aussi vendu au prix de 21,85€. Notez l’originalité du titre…

Commençons cette fois par les taxes. Lorsque vous achetez un livre dans le commerce, celui-ci est taxé à 7%. Peut-être bientôt de nouveau à 5,5%. Affaire à suivre. Reste donc encore 20,33€. Sur ce montant, l’auteur qui aura particulièrement bien négocié ses droits, en touchera 10%, soit 2,03€. Sur ces même 20,33€, l’éditeur devra accepter une remise allant de 30 à 40% pour être distribué en librairies et magasins spécialisés, soit, en coupant la poire en deux à 35%, un montant de 7,12€ de rabais, qui feront la marge du libraire/magasin spécialisé. Il reste dès lors 11,18€ à la maison d’édition.

Comme vous avez parfaitement suivi jusqu’à présent, vous vous dites « mon Dieu, un exemplaire coûte 14€ à produire, et il ne reste plus que 11,18€ à l’éditeur… ». Oui… mais non. Car les 14€ de coût d’impression sont pour moi, auteur auto-édité sans le sous qui imprime à la demande et en très petites quantités. La maison d’édition, qui elle imprime en une seule fois de très grandes quantités d’un seul et même ouvrage, obtient inévitablement des réductions par rapport aux prix à l’unité. Qui plus est, avec un bon pouvoir de négociation, elle est encore en mesure de faire baisser le prix final.
Lorsque je gérais encore ma propre maison d’édition, j’avais fait le choix d’imprimer par moi-même les ouvrages que je publiais. Le coût d’impression pour un livre d’environ 160 pages se trouvait aux alentours des deux euros. Aussi, pour une puissante maison d’édition, il est évident que les coûts sont très largement réduits.
Dès lors, il n’est pas trompeur d’imaginer que l’impression de Argent reviendra, grand maximum, à quelque chose comme 2,50 ou 3,00€ par exemplaire. Si nous prenons la fourchette haute, cela revient à dire qu’il reste encore la somme de 8,18€ à notre éditeur.

Un éditeur qui doit bien sur faire face à des charges de personnel ainsi qu’à des charges de fonctionnement.  Soyons « généreux », et estimons celles-ci à 15% du prix hors taxes de Argent, soit 3.05€.
Ainsi, une fois tous ses frais divers déduits du prix de vente de l’ouvrage, l’éditeur dispose encore de 5,13€. Imaginons maintenant qu’il soit imprimé et qu’il se vende 40 000 exemplaires de Argent et que l’équivalent de 1,20€ par exemplaire ai été prévu pour la campagne de promotion, cela signifie que sur chaque unité vendue, la maison d’édition a effectué un bénéfice de 3,93€ sur chaque vente. Un montant qui représente deux fois plus que ce qui revient à l’auteur…

Article diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-ND

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :